Y'a un an, quand tu parlais d'IA au bureau, la moitié du monde te regardait comme si tu parlais de science-fiction. Aujourd'hui? Plus de la moitié des internautes québécois ont déjà utilisé un outil d'IA générative. Pas dans la Silicon Valley. Au Québec.
L'Académie de la transformation numérique de l'Université Laval vient de publier sa plus récente enquête NETendances, pis les chiffres sont fascinants. 52% des internautes québécois ont utilisé l'IA générative — une hausse de 19 points de pourcentage en seulement un an. Pis parmi ceux qui l'utilisent, 54% le font au moins une fois par semaine.
C'est plus une curiosité. C'est une habitude.
ChatGPT domine, mais la compétition arrive
Sans surprise, ChatGPT reste le roi : 84% des utilisateurs d'IA au Québec passent par la plateforme d'OpenAI. Copilot de Microsoft suit au deuxième rang avec 29%, et Gemini de Google est à 22%. Les autres modèles comme Claude, DeepSeek et Perplexity grugent des parts de marché, mais ChatGPT a encore une avance considérable.
Ce qui est intéressant, c'est l'écart entre les usages. 76% des utilisateurs s'en servent dans leur vie personnelle — pour des questions du quotidien, de la rédaction, de la recherche. Mais l'utilisation au travail est en hausse sérieuse : 46% des utilisateurs disent s'en servir dans un contexte professionnel, comparé à 41% l'année précédente.
Pis la progression la plus spectaculaire, c'est chez les étudiants : 74% des internautes aux études utilisent l'IA pour leurs travaux. C'est une augmentation de 28 points en un an. Les cégeps et universités sont littéralement en train de redéfinir ce que « tricher » veut dire.
Les chiffres clés — NETendances 2026
52% des internautes québécois ont utilisé l'IA générative (+19 pts en 1 an)
84% utilisent ChatGPT, 29% Copilot, 22% Gemini
54% des utilisateurs y recourent au moins 1x par semaine
46% l'utilisent au travail (vs 41% l'an dernier)
74% des étudiants l'utilisent pour leurs cours (+28 pts en 1 an)
Québec met 36 millions sur la table pour Mila
Pendant que les citoyens adoptent l'IA à vitesse grand V, le gouvernement du Québec fait aussi bouger les choses — du côté de la recherche. Québec a annoncé un investissement de 36 millions de dollars pour soutenir les activités de Mila, l'Institut québécois d'intelligence artificielle fondé par Yoshua Bengio.
Mila, c'est pas un petit joueur. C'est un des plus importants centres de recherche en IA au monde, avec plus de 1 300 chercheurs, professeurs et étudiants. L'institut est au coeur de l'écosystème IA montréalais qui fait l'envie de la planète — un écosystème qui vient d'ailleurs d'accueillir Yann LeCun, l'ex-patron de l'IA chez Meta, qui a ouvert les bureaux de sa nouvelle compagnie AMI Labs à Montréal.
Cet investissement s'ajoute aux 200 millions du fédéral via l'Initiative régionale en matière d'intelligence artificielle, dont 38,2 millions sont destinés au Québec à travers DEC pour aider les PME à adopter l'IA. Si tu gères une PME dans un secteur comme l'agriculture, les technologies propres, les sciences de la vie ou le manufacturier, y'a littéralement de l'argent qui attend pour toi.
Les fonctionnaires québécois utilisent déjà l'IA (en cachette)
Un sondage du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, publié en mars 2026, révèle quelque chose que personne va trouver surprenant : même dans un contexte institutionnel restrictif, plusieurs employés de l'État utilisent déjà l'IA générative de leur propre initiative. Pas parce qu'on leur a demandé — parce que c'est trop utile pour s'en passer.
Le problème? Beaucoup le font avec des outils externes, sans encadrement, pis en s'inquiétant de la confidentialité et de la sécurité des données. Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique a fini par revoir son approche en décembre 2025, passant d'une interdiction à un encadrement structuré.
Le gouvernement lui-même a publié un « Portrait des utilisations de l'IA dans l'administration publique » le 2 mars, qui montre que le nombre de projets IA dans la fonction publique a augmenté de plus de 50% entre 2024 et 2025. Dont 61 initiatives qui touchent directement les services à la population.
L'IA en politique : un code de conduite adopté (presque)
L'Assemblée nationale vient d'adopter une motion demandant à tous les partis politiques d'adhérer « sans délai » à un code de bonne conduite sur l'utilisation de l'IA en politique. Le PQ, le PLQ et la CAQ sont à bord. Le seul qui hésitait? Éric Duhaime et le Parti conservateur, qui dit « demeurer à être convaincu » vu que l'IA évolue vite.
Le code en question, élaboré par des experts québécois, fait quatre pages et prône la transparence et l'usage responsable de l'IA, particulièrement en ce qui concerne les hypertrucages (deepfakes). Avec les prochaines élections qui approchent, la question est pas théorique : est-ce qu'un parti pourrait créer une fausse vidéo d'un adversaire? Techniquement, c'est trivial. Éthiquement et légalement, c'est un terrain miné.
Pis les musiciens IA débarquent au Québec
Pendant qu'on parle de réglementation et de milliards en investissement, y'a un phénomène plus inattendu qui émerge : les premiers artistes musicaux québécois entièrement créés par IA. Des avatars comme « Novael-X » — un rockeur virtuel avec une barbe de trois jours et des airs d'Éric Lapointe — qui produisent de la musique générée par IA et qui veulent passer à la radio.
La radio québécoise regarde ça avec curiosité mais reste prudente. La SOCAN a décidé de reconnaître la musique créée par IA comme une création artistique, à condition qu'elle comporte une part « significative » de création humaine. Le débat fait que commencer.
Ce que ça veut dire pour ta PME
Le portrait est clair : le Québec est en pleine accélération IA. La moitié de tes clients utilisent déjà des outils d'IA générative. Tes employés aussi — peut-être sans te le dire. Le gouvernement investit massivement. Les universités forment une nouvelle génération qui va arriver sur le marché du travail en considérant l'IA comme un acquis, pas une innovation.
Si ta PME a pas encore de stratégie IA, t'es déjà en retard sur la moitié de la population. La bonne nouvelle? C'est encore le début. Y'a du financement disponible, des outils gratuits ou abordables, et un écosystème local qui est un des meilleurs au monde.
Le Québec a tous les ingrédients pour être un leader en IA. La question, c'est si les PME d'ici vont embarquer dans le train — ou regarder les gros joueurs prendre toute la place.