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Le pouls du marché

Pénurie de main-d'œuvre : où en est-on dans les métiers de services ?

Par · Publié le · 7 min de lecture

Camionnette stationnée devant un magasin de fournitures, un seul travailleur chargeant des matériaux par temps gris

En septembre 2021, le Québec comptait 258 520 postes vacants. En août 2026, il en restait 119 425, selon Statistique Canada. La pénurie de main-d'œuvre serait-elle terminée? Pas partout. Les données publiques montrent un marché revenu à son niveau d'avant la pandémie, mais elles ratent une partie de ce que vivent les entreprises de services. Voici ce que disent les chiffres, industrie par industrie et métier par métier, et où l'écart avec le terrain est le plus grand.

Ce que disent les chiffres officiels

Statistique Canada mesure la pénurie de main-d'œuvre avec l'Enquête sur les postes vacants et les salaires. Un poste est compté comme vacant s'il est libre (ou le deviendra dans le mois), s'il y a du travail à faire et si l'employeur cherche activement quelqu'un à l'extérieur de l'entreprise. Le taux de postes vacants rapporte ces postes à l'ensemble des postes, occupés ou non.

Québec, données mensuelles désaisonnaliséesPostes vacantsTaux
Septembre 2021 (sommet de la série)258 5206,6 %
Août 2024125 2203,1 %
Août 2025109 2302,7 %
Août 2026119 4253,0 %

Le nombre de postes vacants a donc fondu de plus de la moitié depuis 2021. En 2019, avant la pandémie, le taux mensuel oscillait entre 3,2 % et 3,7 % : le Québec est revenu à peu près à ce niveau, et même un peu en dessous. Les données trimestrielles, non désaisonnalisées, racontent la même histoire : 254 590 postes vacants au deuxième trimestre de 2022 (6,4 %), puis 123 760 en 2025 et 123 695 en 2026, soit 3,1 % les deux années.

Un chiffre a bougé dans l'autre sens : le salaire horaire moyen offert pour les postes vacants. Il est passé de 22,80 $ au deuxième trimestre de 2022 à 28,60 $ au deuxième trimestre de 2026. Les employeurs trouvent plus facilement, mais ils paient plus cher pour y arriver.

Les industries de services, une par une

La moyenne cache des écarts. Au deuxième trimestre de 2026, presque toutes les industries de services restaient au-dessus du taux global de 3,1 %.

Industrie (Québec)Taux T2 2022Taux T2 2026Salaire moyen offert T2 2026
Services personnels et blanchissage*9,9 %5,3 %21,45 $
Restauration et débits de boissons13,8 %4,7 %18,15 $
Autres services (réparation, services personnels, etc.)8,7 %4,3 %27,60 $
Réparation et entretien9,6 %4,0 %27,85 $
Transport par camion8,1 %4,0 %28,85 $
Assistance sociale7,3 %3,6 %26,00 $
Entrepreneurs spécialisés (construction)7,3 %3,4 %34,15 $
Services administratifs et de soutien7,8 %3,2 %25,35 $
Toutes les industries6,4 %3,1 %28,60 $

* Qualité de l'estimation « acceptable » selon Statistique Canada : à lire comme un ordre de grandeur.

La catégorie « services administratifs et de soutien » regroupe entre autres le nettoyage de bâtiments et l'aménagement paysager, mais aussi la sécurité et les centres d'appels. Son taux près de la moyenne ne dit donc pas grand-chose de chaque métier pris séparément. Pour ça, il faut descendre au niveau des professions.

Les métiers précis : où sont les postes

Le tableau des postes vacants par profession donne une image plus fine. Voici des métiers de services au Québec, au deuxième trimestre (avril à juin), avec le salaire moyen offert.

ProfessionPostes vacants T2 2025Postes vacants T2 2026Salaire moyen offert T2 2026
Préposés aux bénéficiaires et aides-soignants5 2804 61027,40 $
Conducteurs de camions de transport2 4852 73028,15 $
Préposés à l'entretien ménager (travaux légers)1 3202 20521,00 $
Manutentionnaires1 1601 54022,20 $
Mécaniciens de véhicules automobiles1 5001 42028,75 $
Aides et manœuvres en construction1 4001 36527,85 $
Manœuvres en aménagement paysager*1 1051 18020,95 $
Concierges et nettoyeurs, gros travaux*42056022,85 $

* Estimations de qualité « acceptable ».

Trois constats. Les postes vacants en entretien ménager ont bondi d'environ deux tiers en un an, alors que le total québécois est resté stable. Les métiers manuels peu spécialisés (ménage, paysagement, manutention) offrent les salaires moyens les plus bas, autour de 21 $ à 22 $ l'heure, loin de la moyenne de 28,60 $. Et les préposés aux bénéficiaires, toujours les plus nombreux de ce tableau, voient leur nombre de postes vacants baisser.

Pourquoi le terrain ne ressemble pas toujours aux statistiques

Beaucoup d'entrepreneurs en services lisent « 3 % de postes vacants » et ne reconnaissent pas leur réalité. Ce n'est pas que les chiffres soient faux : c'est qu'ils mesurent une chose précise. Les notes méthodologiques de Statistique Canada expliquent l'essentiel de l'écart.

  • Il faut chercher activement. Un poste n'est compté que si l'employeur recrute à l'extérieur. L'entrepreneur qui a cessé d'afficher, ou qui refuse des contrats faute de bras, n'apparaît nulle part.
  • Les sous-traitants sont exclus. Les postes réservés à des sous-traitants ou à des travailleurs autonomes ne sont pas des postes vacants. Or bien des entreprises de déneigement, de toiture ou de ménage fonctionnent avec des autonomes.
  • Les petits métiers sont trop petits pour être mesurés. Pour les couvreurs et les peintres, les estimations du deuxième trimestre de 2026 sont jugées trop peu fiables pour être publiées. Pourtant, la Commission de la construction du Québec qualifie les perspectives des couvreurs d'excellentes : faible disponibilité, roulement très élevé et seulement 624 nouveaux apprentis admis en 2025, sous la moyenne de 810 des quatre années précédentes.
  • Le salaire offert est un plancher. Quand une offre affiche une fourchette, l'employeur déclare la borne inférieure.
  • Les données arrivent en retard. Les chiffres d'avril à juin ont été publiés à la mi-septembre; une pointe de demande liée à une tempête ou à une vague de chaleur n'y apparaît que des mois plus tard, lissée dans une moyenne.

Conclusion : la pénurie globale s'est résorbée, mais elle persiste là où les effectifs sont petits, les salaires offerts bas ou le travail saisonnier, c'est-à-dire précisément dans plusieurs métiers de services.

Où l'écart est le plus grand

En croisant les données publiques et les limites de l'enquête, trois profils de métiers ressortent.

ProfilExemplesCe que montrent les données
Métiers peu payés à fort roulementEntretien ménager, paysagement, manutentionPostes vacants en hausse sur un an, salaires offerts autour de 21 $ à 22 $
Métiers spécialisés à petits effectifsCouvreur, peintreInvisibles dans l'enquête, mais signalés en manque par la CCQ pour les couvreurs
Métiers qui exigent un permisCamionneurPostes vacants en hausse sur un an, salaire offert de 28,15 $

Pour les autres, le marché s'est clairement détendu par rapport à 2022 : le nombre de postes à pourvoir a diminué de moitié, et le rapport de force entre employeurs et travailleurs s'est rééquilibré. Les détails par région sont dans Les régions qui manquent le plus de bras cet automne, et le portrait saisonnier dans Emplois d'hiver au Québec : les métiers qui embauchent de novembre à mars.

Une limite à garder en tête : ces comparaisons portent sur le deuxième trimestre, une période où le paysagement et la construction sont en pleine saison. Une comparaison d'automne ou d'hiver donnerait d'autres résultats pour ces métiers.

Ce que ça change pour toi

Si tu embauches, retiens que le salaire offert a augmenté plus vite que le nombre de postes n'a baissé. Une offre claire, avec le taux horaire et l'horaire réel, et une réponse rapide aux candidats font plus de différence qu'une annonce de plus. Les méthodes sont détaillées dans Recruter en pénurie de main-d'œuvre : le guide des PME de services. Sur GPP Emploi, publier une offre est gratuit et tu paies seulement quand un contact est accepté; le guide employeurs explique aussi le signal Central, qui te montre les travailleurs disponibles près de toi quand ton entreprise prend plus de demandes que d'habitude.

Si tu cherches du travail, les métiers où l'écart est le plus grand sont aussi ceux où tu as le plus de pouvoir de négociation. La page d'accueil de GPP Emploi affiche en direct les demandes de service prises par métier et par région dans GPP Central, une donnée que les statistiques officielles n'ont pas. Ensuite, crée ton profil gratuit, sans CV, et choisis les régions où tu veux travailler.

En résumé

  • Le Québec comptait 119 425 postes vacants en août 2026 (taux de 3,0 %), contre 258 520 au sommet de septembre 2021.
  • Le salaire moyen offert est passé de 22,80 $ à 28,60 $ l'heure entre les deuxièmes trimestres de 2022 et de 2026.
  • La plupart des industries de services restent au-dessus de la moyenne, et l'entretien ménager a vu ses postes vacants bondir en un an.
  • L'enquête exclut les postes de sous-traitants et ne publie rien pour les petits métiers comme couvreur ou peintre, d'où l'écart avec le terrain.

Questions fréquentes

Y a-t-il encore une pénurie de main-d'œuvre au Québec en 2026?

Globalement, elle s'est beaucoup résorbée : le taux de postes vacants était de 3,0 % en août 2026, contre 6,6 % en septembre 2021. Elle persiste toutefois dans des métiers précis, surtout ceux qui offrent des salaires bas, qui sont saisonniers ou qui comptent peu de travailleurs.

Combien y a-t-il de postes vacants au Québec?

Selon Statistique Canada, le Québec comptait 119 425 postes vacants en août 2026, en données désaisonnalisées. Au deuxième trimestre de 2026, l'estimation trimestrielle était de 123 695 postes vacants.

Quels métiers manquent le plus de main-d'œuvre au Québec?

Au deuxième trimestre de 2026, les préposés aux bénéficiaires, les camionneurs et les préposés à l'entretien ménager figuraient parmi les métiers de services qui comptaient le plus de postes vacants. Pour les métiers à petits effectifs, comme couvreur, il faut se fier à d'autres sources, comme la CCQ.

Qu'est-ce que le taux de postes vacants?

C'est le nombre de postes vacants divisé par la demande de travail totale, soit les postes occupés plus les postes vacants. Un taux de 3 % signifie que 3 postes sur 100 attendent quelqu'un.

Pourquoi certains métiers n'apparaissent-ils pas dans les statistiques?

Quand l'échantillon est trop petit, Statistique Canada juge l'estimation trop peu fiable pour la publier. C'était le cas des couvreurs et des peintres au Québec au deuxième trimestre de 2026.

Sources

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